| |
Depuis août
99 pour certains ateliers, la Parade du Sud se construit dans tous
les coins et recoins de St-Gilles, Forest, Uccle, les Marolles…
Au début, il fut parfois difficile d’y croire, tant les envies divergeaient,
tant les différences étaient éclatantes: comment mettre ensemble
toutes ces belles énergies ! Et puis, petit à petit, les liens
se sont noués, les rencontres se sont faites.
Cette parade
se construit avec les gens, sur le terrain, dans leurs quartiers.
Des jeunes, des moins jeunes, des breakeurs, des jongleurs, des
acrobates, des danseurs de capoeira, des percussionnistes de toutes
disciplines, des animateurs de rue, des amateurs de théâtre, des
amateurs de cirque, des enfants qui ont envie de se déguiser, des
majorettes, des mamans couturières, des porteurs de bannières, des
rappeurs,… et des artistes, comédiens, metteurs en scène, scénographes,
chorégraphes, marionnettistes, compositeurs, costumiers…
Rencontre improbable
et interpellante : qui est qui, qui fait quoi, quel est le
lien le plus sûr entre l’art et le social, quel partenariat va permettre
la créativité la plus vivante, comment vont se souder toutes ces
énergies dispersées pour permettre, sur le terrain de la rue, l’émergence
d’un nouvel imaginaire contemporain ? Ce qui liera tous ces
chars, costumes, chorégraphies, musiques, créations de tous ordres,
c’est l’intime des habitants; tous ont quelque chose à dire, et
la Parade devra être l’endroit exact de cette expression en devenir :
- l’identité
urbaine ou comment dire et valoriser son quartier, sa rue, ses
multiples valeurs à sauvegarder, ses modes de vie, comment donner
à voir dans un cortège joyeux la richesse inouïe du côtoiement
des cultures et de leurs surprenantes interférences;
- la mémoire
d’un moment de l’immigration maghrébine, le souvenir de la transhumance
annuelle des mois d’été, avec les camionnettes surchargées de
valises et baluchons pour un retour chaleureux au pays d’origine;
- la bande
comme outil d’expression privilégié des communautés marginalisées
ou exclues; ici la bande rassemble étonnamment des gens de
toutes origines et de tous âges, la bande ne nie pas ses origines
brésiliennes, mais les danseurs et musiciens qui la composent,
venus de toutes les communes de Bruxelles, créent une bande nouvelle,
interculturelle, qui dit l’universalité de la danse, la joie universelle
de marteler ensemble et en rythmes les pavés d’une rue, les pavés
d’une ville qui affirme ainsi son identité multiple;
- et l’humour
et le rire pour dire sa perplexité par rapport à ses propres origines :
c’est quoi, Bruxelles, cette ville où furent inventés les chicons
et les choux… de Bruxelles ! ? pourquoi une confrérie
saint-gilloise célèbre s’appelle-t-elle la Société des Kuulkapers (coupeurs
de choux) ? sait-on que la commune de Saint-Gilles fut jadis
plantée de jardins, où se cultivaient notamment les fameux petits
choux, où subsiste encore une rue du Céleri… Comment dire cette
ville polymorphe qui parfois semble dormir d’un mauvais rêve et
d’autres fois se réveille dans des foires bruegheliennes, des
virées estudiantines ou " footballiennes ",
des envies de vraie justice, des marches blanches ?
|
|